
La pauvreté et ses conséquences sont visibles partout au Burkina Faso. Depuis le début des années 1990, le Burkina Faso met en œuvre un vaste programme de réforme destiné à combattre la pauvreté du pays par le biais d’un développe-ment économique basé sur le marché, le secteur privé étant le principal élément moteur. Ces réformes réalisées en coopération avec la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et les autres partenaires du pays ont contribué à un développement économique positif, qui s’est traduit par un taux de croissance annuel réel du PIB supérieur à 5 % durant la période de 1997 à 2003. En 2004, toutefois, ce taux n’était que de 4,6 %, ce qui reflète la grande vulnérabilité du pays face aux facteurs externes tels que la période de pluie extrê-mement courte et le fléau des criquets en 2004. Cette croissance n’a toutefois pas permis une réduction générale de la pauvreté pour la population croissante. Selon une étude nationale sur la pauvreté, 46 % de la population vivaient en dessous du seuil national de pauvreté en 2004, un taux qui reste presque inchangé depuis 1998.
La persistance de la pauvreté au Burkina Faso est indissociablement liée aux conditions climatiques et écologiques difficiles et à un développement très limité dans des domaines clés tels que l’éducation et la santé.
Au Burkina Faso, la grande majorité des pauvres vit dans les zones rurales (plus de 90 %) où les conditions de vie dépendent de l’agriculture. La lutte contre la pauvreté est donc principalement une question d’améliorer les conditions de vie des populations rurales, notamment en renforçant l’agriculture, mais aussi en favorisant des sources de revenus alternatives. L’agriculture burkinabè repose sur un équilibre écologique subtil dans un climat rigoureux et sec au bord du désert du Sahara où la population grandissante exerce une forte pression sur les ressources naturelles déjà limitées. Le Burkina Faso ne dispose pas de matières premières significatives. La vente des produits agricoles représente plus de 75 % des exportations burkinabè. Le coton est le plus important produit d’exportation et représente plus de 60 % des recettes d’exportation du pays, rendant ainsi le pays vulnérable face aux fluctuations des cours mondiaux. La dépendance des conditions externes se fait d’autant plus sentir que le Burkina Faso n’a pas d’accès direct à la mer. Le pays est donc obligé de passer par un transit coûteux en temps et en argent pour le commerce extérieur. Ces derniè-res années, le Burkina Faso a connu un phénomène d’urbanisation accélérée, qui s’est traduit par une pauvreté accrue dans les zones urbaines et a engendré des problèmes en matière d’environnement et de ressources.
En 2003, l’espérance de vie au Burkina Faso était de 46 ans. En particulier, la mortalité infantile au Burkina Faso est plus élevée que la moyenne des pays africains puisque environ 184 enfants (pour 1 000 naissances vivantes) meurent avant l’âge de cinq ans. La situation sanitaire est marquée par la prévalence du VIH/SIDA : d’après l’ONUSIDA, 4,2 % de la population âgée de 15 à 49 ans était touchée par le virus en 2003.
Le domaine de l’éducation est caractérisé par un faible taux d’alphabétisation. En 2004, 28 % des adultes savaient lire et écrire, le taux pour les femmes étant inférieur à 20 %. Cette distribution inégale entre hommes et femmes existe aussi dans de nombreux autres domaines de la société burkinabè. Bien qu’elle existe dans la législation, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas toujours respectée en pratique. L’excision des filles a été interdite par une loi de 1996 et depuis, la pratique a considérablement baissé. Néanmoins, ce rituel reste commun dans les zones rurales bien que les autorités engagent régulière-ment des poursuites judiciaires contre les personnes qui le pratiquent.
Le secteur privé se développe au Burkina Faso, mais reste modeste et essentiellement caractérisé par de petites entreprises familiales informelles. Un nombre significatif des entreprises commerciales est détenu par des Libanais établis au Burkina Faso, et l’implication des entreprises françaises est particulièrement éle-vée. La mise en place d’une économie nationale privée génératrice de croissance est donc un élément prioritaire de l’agenda politique.
Ces dernières années, de vastes réformes ont été engagées afin d’améliorer la situation pour les entreprises au Burkina Faso. Il est désormais plus facile pour les entrepreneurs burkinabè de créer leurs entreprises, même s’il reste encore des améliorations à faire. Selon la Banque Mondiale, il faut compter 135 jours en moyenne pour obtenir l’autorisation d’installation d’une entreprise, les frais relatifs à cette autorisation représentant plus de 150 % d’un revenu annuel moyen. Afin d’améliorer cette situation, le gouvernement burkinabè, en collaboration avec la Banque Mondiale, a mis en place un centre de conseil et d’in-formation au service des entreprises et des entrepreneurs. Diverses procédures bureaucratiques sont en cours de suppression, et depuis mi-2005, le centre de conseil et d’information se charge à lui seul de l’autorisation des nouvelles entreprises, ce qui devrait permettre de raccourcir nettement le processus d’auto-risation.
Les coûts moyens liés à l’enregistrement des droits de propriété privée sont relativement élevés par rapport à la valeur de la propriété : 16,2 % de cette valeur. Selon la Banque Mondiale, il faut en moyenne compter 107 jours et suivre huit procédures différentes pour faire enregistrer un droit de propriété privée. Le montant des coûts et la longueur des procédures relatives à la création d’une entreprise et à l’enregistrement d’un droit de propriété privée sont une source potentielle d’abus et de corruption. Parallèlement, bon nombre de petits entrepreneurs choisissent de ne pas faire immatriculer leur entreprise, ce qui entrave les changements structurels économiques requis et réduit les recettes fiscales de l’État.
La protection légale relativement fragile des investisseurs au Burkina Faso constitue une entrave supplémentaire au développement du secteur privé du pays. Plus particulièrement, la législation concernant la transparence et les informations sur les entreprises est insuffisante, ce qui explique que le Burkina Faso n’obtient qu’un point sur sept sur l’indice de protection des investisseurs de la Banque Mondiale. De plus, le Burkina Faso fait partie du peloton de queue dans les études internationales sur différents paramètres, tels que le respect des contrats. La procédure à suivre depuis l’introduction d’une plainte jusqu’au prononcé d’une décision comprend en moyenne 41 démarches diffé-rentes. De nombreux conflits sont portés devant les tribunaux, où le traitement des affaires est généralement très coûteux et lent (458 jours en moyenne).
En 2000, le gouvernement burkinabè a adopté sa première stratégie de réduc-tion de la pauvreté. La stratégie explique comment le Burkina Faso entend atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Durant 2003-2004, cette stratégie de réduction de la pauvreté a fait l’objet d’une révision et d’une mise à jour. La société civile burkinabè, le secteur privé et les partenaires internationaux ont participé activement tant à l’élaboration qu’à la révision de la stratégie de réduction de la pauvreté. Un plan d’action prioritaire incluant des objectifs et des indicateurs pour la mise en œuvre durant la période 2005-2007 a été élaboré. Ce plan d’action sera suivi d’un plan d’action révisé incluant des priorités pour la période 2008-2010. L’actuelle stratégie de réduction de la pauvreté est valable jusqu’en 2015.
Le tableau ci-dessous montre le lien entre les principaux Objectifs du Millé-naire pour le Développement, la situation au Burkina Faso et les indicateurs inclus dans le plan d’action pour la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté pour la période 2005-2007. Il convient de noter que plusieurs chiffres sont basés sur des statistiques présentant un degré d’incertitude.
Tableau 1: Objectifs et indicateurs pour la réduction la pauvreté au Burkina Faso
| Situation actuelle au Burkina Faso | Plan d’action 2005- 200 | Objectifs du Millénaire pour le Développemen | |
| Pauvreté | |||
| Proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté | 46% (2004) | 43,3% en 2007 | 25% en 2015 Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté |
| Éducation | |||
| Éducation de base | 56,84% en 2004, dont 50,95% pour les filles | 63,08% en 2007, dont 57,95% pour les filles | D’ici 2015, assurer une éducation de base pour tous |
| Santé | |||
| Mortalité des enfants de moins de cinq ans (pour 1000 enfants) | 184 | 162,7 | 70 pour 1 000 naissances vivantes en 2015 Réduire de 2/3, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité infantile |
| VIH/SIDA | 4,2% en 2003 (selon ONUSIDA) |
1,5% en 2006 | Enrayer la propagation du VIH/SIDA et commencer à inverser la tendance croissante actuelle |
| Environnement/durabilité | |||
| Eau potable | 61% (2003) | La stratégie de réduction de la pauvreté comportera des objectifs à partir de 2006 | Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population privée d’un accès à l’eau potable |
La stratégie de réduction de la pauvreté s’articule autour de quatre axes prioritaires visant à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement:
La stratégie souligne que le secteur privé doit être le principal moteur pour la croissance et que cette croissance est particulièrement nécessaire dans les zones rurales afin de réduire la pauvreté. L’objectif de croissance annuelle est de 4 % par habitant, un objectif qui devrait être réalisé par une croissance économique annuelle de 7 % et une croissance démographique inférieure à 3 %.
Le gouvernement burkinabè s’est engagé à atteindre l’objectif fixé par les Nations Unies, selon lequel 20 % du budget national doit être alloué aux secteurs sociaux tels que la santé et l’éducation. Dans le domaine de l’éducation et conformément à la stratégie de réduction de la pauvreté, un plan décennal de développement de l’éducation de base a été lancé en 2001. Dans le domaine de la santé, la stratégie de réduction de la pauvreté s’articule autour de l’accès des pauvres aux services de santé. Par ailleurs, une réduction de la propagation du VIH/SIDA fait partie des éléments prioritaires.
En ce qui concerne l’objectif d’élargir les opportunités en matière d’emploi et d’activités génératrices de revenus pour les pauvres, la stratégie s’articule autour d’une modernisation et d’une intensification de la filière agricole, d’un accroissement et d’une diversification des revenus dans les zones rurales ainsi que d’une intégration accrue des zones rurales dans l’économie nationale.
Domaine prioritaire de la stratégie de réduction de la pauvreté, la promotion de la bonne gouvernance porte sur le processus démocratique, les réformes judiciaires, la lutte contre la corruption, la décentralisation, le désenclavement et le renforcement de l’administration publique de manière générale.
Depuis 2000, la stratégie de réduction de la pauvreté sert de point de référence au processus de réforme et de développement du Burkina Faso, mais n’est pas encore totalement institutionnalisée et intégrée dans les différentes politiques sectorielles. Sur cette base, le processus de révision a recommandé en 2003-2004 la mise en place d’un nouveau système de contrôle et de suivi de la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté, y compris la création d’un comité interministériel et de groupes de travail transversaux aux échelles sectoriel et régional. Le système repose désormais sur une structure qui favorise davantage un dialogue rapproché et continu au sein de l’administration burkinabè, avec la société civile et le secteur privé ainsi qu’avec les bailleurs de fonds. À cela s’ajoute le renforcement de l’ancrage sectoriel qui, au rythme du processus de décentralisation et de désenclavement du pays, comptera davantage de structures aux niveaux provincial et régional.
La mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté du Burkina Faso a essentiellement souffert du manque de suivi de ses objectifs. La révision de 2003-2004 s’est attaquée à ce problème en définissant des indicateurs mesurables plus concrets et a pris l’initiative d’un renforcement et d’une consolidation du système statistique national. Des améliorations restent indispensables, notamment du fait qu’un grand nombre des indicateurs continuent de reposer sur des statistiques particulièrement incertaines. Il est prévu d’améliorer progressivement le suivi de la stratégie de réduction de la pauvreté, et son rôle de cadre de référence pour la coopération au développement sera consolidé. Dans le cadre du processus de révision, des mesures ont également été prises pour améliorer les mécanismes de coordination de l’aide à la mise en œuvre ainsi que les liens entre la stratégie de réduction de la pauvreté et le budget de l’État burkinabè.
Le Danemark a activement contribué au processus de révision et maintiendra sa participation active et constructive au dialogue lié à la stratégie. Le Danemark œuvrera à la poursuite du processus de consolidation de la stratégie de réduction de la pauvreté en tant que pierre angulaire des activités de développe-ment au Burkina Faso. Concrètement, les programmes sectoriels financés par le Danemark dans le domaine de l’eau, de l’agriculture et de l’éducation reposeront sur la stratégie de réduction de la pauvreté du Burkina Faso. Chacun d’eux comprend des objectifs concrets encourageant la réalisation des objectifs de la stratégie de réduction de la pauvreté (voir entre autres le tableau 3 ainsi que les points 4.2, 4.3 et 4.4).
Le budget national annuel du Burkina Faso se chiffre à environ 1 milliard USD, et la coopération internationale au développement contribue à quelque 80 % des investissements publics. Ce pourcentage reflète la grande dé-pendance du pays vis-à-vis de l’étranger. Depuis de nombreuses années, l’aide internationale octroyée au Burkina Faso est pour ainsi dire constante et s’élève à une moyenne d’environ 400 millions USD par an, soit environ 36 USD par habitant.
L’adoption de la stratégie de réduction de la pauvreté en 2000 constituait un premier pas important dans le sens d’une harmonisation de l’aide internationale octroyée au Burkina Faso. Depuis lors, les bailleurs de fonds ont tendance à orienter leur appui selon les priorités définies par la stratégie. Parallèlement, une part croissante de l’aide internationale est allouée à titre d’appui budgétaire général visant la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté. L’ap-pui budgétaire général est versé sous forme de subventions non liées, destinées à la mise en œuvre du budget global du gouvernement burkinabè consacré à la lutte contre la pauvreté et à la croissance économique. Cette forme d’aide garantit que la coopération au développement repose sur les priorités définies par le Burkina Faso. En revanche, elle pose des exigences rigoureuses en termes d’efficacité et de transparence de la gestion budgétaire du Burkina Faso.
Une partie significative de l’appui budgétaire général accordé au Burkina Faso est versée dans le cadre de l’accord-cadre conclu entre le gouvernement burkinabè et la Commission Européenne, le Danemark, la France, les Pays-Bas, la Suisse, la Suède, l’Allemagne, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement (plusieurs pays, dont le Canada et l’Allemagne devraient introduire un appui budgétaire durant les prochains mois). Les appuis seront octroyés sur la base de procédures harmonisées en fonction des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté et dans l’évo-lution des indicateurs économiques clés, notamment de la gestion des finances publiques.
Selon une estimation faite par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International en 2005, la gestion du secteur public au Burkina Faso est bonne et la gestion macro-économique est satisfaisante. La gestion budgétaire s’est nettement améliorée et est devenue plus transparente ces dernières années, notamment en raison de l’adoption, en 2000, d’un plan national de renforcement de la gestion budgétaire. Des lois des finances et des programmes budgétaires sur trois ans sont élaborés, ceux-ci reflétant les priorités définies dans la straté-gie de réduction de la pauvreté et incluant l’allègement de la dette obtenu dans le cadre de l’initiative PPTE (Pays pauvre très endetté). Le Burkina Faso faisait partie des premiers pays à avoir bénéficié d’un allègement de la dette dans le cadre de l’initiative PPTE après l’adoption de sa stratégie de réduction de la pauvreté en 2000. Durant la période 2000-2004, le Burkina Faso a obtenu un allègement de sa dette d’environ 2 milliards USD au total. Ces ressources ont permis d’accroître l’aide en faveur des secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau et des infrastructures dans les zones rurales notamment. En raison de sa grande vulnérabilité face aux conditions externes, notamment aux conditions climatiques et aux fluctuations des cours mondiaux, la situation de la dette reste toujours très fragile. L’allègement multilatéral de la dette, adopté lors du Sommet du G8 à Gleneagles (juillet 2005), contribuera néanmoins à améliorer la situation de la dette du Burkina Faso et lui confèrera vraisemblablement un caractère viable. Cependant, les modalités concrètes de cet allègement ne sont pas encore claires.