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1. INTRODUCTION

1.1 Politique de développement du Danemark

L’objectif principal de la politique danoise de développement est la lutte contre la pauvreté. La coopération danoise vise à aider les populations les plus pauvres par des investissements stratégiques dans les domaines de renforcement des capacités humaines. Elle consiste également à promouvoir un développement durable grâce à une croissance économique axée sur la lutte contre la pauvreté. Le Danemark soutient activement les progrès en matière de démocratisation. La participation des femmes au processus de développement, un environnement durable, ainsi que le respect des droits de l’Homme et de la démocratie sont des éléments essentiels de l’aide danoise. Le principe fondamental de l’aide danoise repose sur son efficacité, et les apports stratégiques sont ainsi basés sur les résul-tats, avec comme pierre angulaire l’appui aux programmes sectoriels.

L’aide bilatérale danoise est essentiellement orientée vers un groupe sélectionné de pays programmes qui manifestent la volonté et la capacité à promouvoir efficacement un développement durable à long terme. Les pays qui remplissent les conditions pour bénéficier de l’aide danoise souffrent d’une grande pauvreté, mais font par ailleurs preuve d’une volonté réelle à lutter contre celle-ci, notamment à travers l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies nationales de lutte contre la pauvreté. De même, leurs efforts pour la consolidation de la démocratie, le respect des droits de l’Homme et la bonne gouvernance sont des paramètres cruciaux.

Le principe de partenariat constitue la clé de voûte de la coopération danoise. En effet, pour promouvoir et réaliser une réduction efficace de la pauvreté, il est indispensable d’établir une relation de partenariat avec un large choix d’ac-teurs. Les partenariats doivent ainsi s’établir avec les acteurs nationaux et internationaux qui sont impliqués dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des programmes, et avec les bénéficiaires de l’aide et les autres acteurs concernés par l’aide, c’est-à-dire les gouvernements, le secteur privé et la société civile, y compris les groupes pauvres et marginalisés. Il est essentiel pour la politique danoise de développement que ce partenariat soit fondé sur les stratégies et politiques nationales du pays partenaire.

La présente stratégie définit les principes de la coopération au développement entre le Burkina Faso et le Danemark au cours de la période quinquennale 2006-2010. Elle constitue également le cadre stratégique pour le partenariat à long terme avec le Burkina Faso.

1.2 Le Burkina Faso comme pays programme

La grande pauvreté au Burkina Faso constitue la principale raison de la coopé-ration au développement entre le Burkina Faso et le Danemark. À cela s’ajoute la volonté dont fait preuve le gouvernement burkinabè pour mettre en œuvre les réformes nécessaires en vue d’accroître la croissance économique du pays, de réduire la pauvreté et de promouvoir un développement durable. La coopé-ration au développement est basée sur la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté du Burkina Faso. La coopération au développement a en outre pour objet de contribuer à la consolidation du développement démocratique et à la prévention de conflits internes susceptibles de constituer une menace pour la stabilité du pays.

Environ 50 % de la population burkinabè vivent en dessous du seuil de pauvreté. Malgré des taux de croissance économique assez positifs ces dernières années, la pauvreté n’a pas pu être réduite pour la population croissante qui, en 2004, avait un revenu brut moyen de 350 USD. Cela est notamment lié à l’accroissement de la population et à une répartition inégale des revenus. Le Burkina Faso est classé 175e sur les 177 pays figurant dans l’Indicateur de Dé-veloppement Humain des Nations Unies (PNUD) pour 2005. Ainsi, il figure parmi les pays les moins développés. Sa situation géographique dans la zone sahélienne, la région la plus fragile d’un point de vue environnemental au sud du Sahara, ne favorise pas les conditions de développement.

Après un passé marqué par des prises de pouvoir et des coups d’État après l’indépendance obtenue de la France en 1960, le Burkina Faso a adopté une constitution démocratique en 1991. Depuis lors, le pays a connu un renforcement progressif du développement démocratique. Au niveau de la politique intérieure, le Burkina Faso compte parmi les pays relativement stables dans une région marquée par des guerres civiles et des zones sujettes à une montée du fondamentalisme. Aujourd’hui, la presse est quasiment libre, et de manière générale, les droits de la population ne sont pas bafoués. Le Président Compaoré semble vouloir se distancier des accusations portées contre lui par le passé concernant son implication dans le trafic d’armes et de diamant et sa participation aux troubles en Afrique de l’Ouest. Il existe toutefois des tensions, notamment en raison de l’assassinat non élucidé du journaliste Norbert Zongo en 1998, ce qui par beaucoup est considéré comme un manque de volonté par le pouvoir de recherche de la vérité.

Lors des élections présidentielles du 13 novembre 2005, le Président Blaise Compaoré a brigué un nouveau mandat et remporté les élections. Le Président Compaoré s’y est représenté bien qu’il soit au pouvoir depuis 1987. Il n’a été élu démocratiquement qu’en 1991 avant d’être réélu en 1998. En 2000, une modification de la constitution est intervenue limitant le mandat présidentiel à deux périodes consécutives de cinq ans. Toutefois, le Conseil constitutionnel du Burkina Faso a décidé que la modification de la constitution de 2000 n’avait pas d’effet rétroactif et qu’elle n’était donc pas applicable au deuxième mandat du Président en 1998. Selon cette interprétation, le Président Compaoré pourra dès lors se représenter aux élections présidentielles de 2010. Selon les juristes, cette interprétation n’est pas contraire à la constitution, mais beaucoup la considèrent comme contraire à l’esprit de cette dernière. Cependant, l’opposition politique au Burkina Faso paraît scindée et ne dispose jusqu’ici pas de capacités suffisantes pour proposer de véritable alternative au parti au pouvoir. Il faut reconnaître qu’avant les élections de 2005, le pays n’avait jamais connu une campagne électorale aussi variée, comptant au total la participation de treize candidats à la présidence. À cela s’ajoute une couverture relativement équilibrée de tous les partis et de leurs candidats dans les médias officiels et non officiels. De même, on a observé dans la presse un débat tant soit peu animé, au cours duquel le régime en place s’est souvent vu sévèrement critiqué.

En résumé, on constate autant de tendances positives montrant que la population nourrit un intérêt politique croissant et que le processus de démocrati-sation est sur la bonne voie. Ce processus est renforcé par les élections locales (351 communes) organisées au mois d’avril 2006. Celles-ci jouent un rôle central dans la poursuite du processus de décentralisation, lequel entraîne un transfert progressif de compétences et de ressources aux conseils locaux élus.

1.3 Contexte régional

Depuis 1989, le foyer des conflits en Afrique occidentale s’est rapidement propagé d’un pays à l’autre, engendrant et attisant ainsi diverses querelles à l’échelle locale. Les conflits ne se cantonnent pas au sein des frontières nationales, mais créent des zones de troubles dans les régions frontalières et donnent naissance à d’énormes flux de réfugiés dans les pays voisins. Par le truchement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), une série d’États membres sont intervenus en vue de mettre un terme aux conflits au Liberia, en Sierra Leone, en Guinée-Bissau, en Côté d’Ivoire et au Togo. À plusieurs reprises, la CEDEAO a également joué un rôle de médiateur. En revanche, les efforts visant à remédier aux problèmes à l’origine des conflits sont restés discrets. Parmi les problèmes politiques, sociaux et économiques non résolus de la région, on compte l’animosité entre les groupes ethniques et religieux (et le fondamentalisme), une croissance démographique élevée, des conflits liés à la distribution des revenus provenant des diamants, l’absence d’opportunités économiques, le chômage des jeunes, la migration, une faible application de la législation, la criminalité, la corruption, une mauvaise gouvernance et une démocratie insuffisante. Tous ces facteurs nous montrent une région qui reste vulnérable face aux conflits. Dans le cadre du conflit en Côte d’Ivoire, un cessezle-feu fragile a été conclu, et les élections prévues n’ont pas eu lieu. En Sierra Leone et au Liberia, la situation reste fragile et la situation politique en Guinée Conakry et au Togo reste préoccupante.

Les tensions régionales et les conflits susceptibles de surgir constituent en raison de leur caractère régional une menace considérable pour la poursuite de la paix et du développement au Burkina Faso. Un grand nombre de personnes d’origine burkinabè séjournent et travaillent dans les pays voisins, dont environ 3,5 millions en Côte d’Ivoire. Les conflits dans les pays d’Afrique occidentale ont, par le passé, provoqué des troubles et des flux migratoires vers les pays voisins. Au Burkina Faso, on craint avant tout que la crise en Côte d’Ivoire n’en-traîne le retour au pays d’un grand nombre de personnes d’origine burkinabè, celles-ci (ainsi qu’un million de Maliens environ) étant persécutées depuis cinqsix ans. Un dispositif renforcé a été mis en place par le gouvernement, mais le nombre de rapatriés (quelque 300 000) s’est avéré jusqu’ici bien inférieur aux prévisions. Les rapatriés ne sont pas particulièrement visibles, dans le sens où ils réintègrent généralement leurs familles, et n’ont apparemment pas contribué à accroître la criminalité ou l’instabilité. Toutefois, la crise est loin d’être terminée et de grandes tensions continuent d’exister. Le Danemark suit l’évolution des choses, et des interventions appropriées seront identifiées au besoin. Parallèle-ment, la coopération au développement entre le Burkina Faso et le Danemark offre une base de dialogue idéale avec le gouvernement burkinabè concernant le rôle joué par le Burkina Faso dans la région. Par ailleurs, via le Programme

Afrique pour la paix, le Danemark contribuera à appuyer la capacité régionale (entre autres, de la CEDEAO) à prévenir et à gérer les conflits.

Le Burkina Faso a mis en place une coopération en matière de politique de sé-curité avec la France. Par ailleurs, le siège de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), une organisation de coopération régionale importante qui participe à stabiliser la région, se trouve au Burkina Faso.

1.4 Expériences de la coopération au développement

Le Burkina Faso bénéficie de l’aide danoise depuis 1973 et est inscrit sur la liste des pays programmes depuis 1993. En 1997, une stratégie bilatérale a été élaborée et a servi de cadre à la coopération au développement jusqu’à l’éla-boration de la présente stratégie. L’objectif principal de la stratégie antérieure était d’améliorer les conditions de vie des pauvres par le biais d’une aide au développement économique et d’interventions directes en faveur des pauvres. Le programme visait un équilibre entre les interventions productives et sociales afin que l’objectif de pauvreté corresponde au souci du développement durable à long terme. L’aide était concentrée dans les secteurs de l’agriculture, de l’éner-gie, de l’eau et de l’assainissement et englobait également le souci de l’environ-nement et le renforcement de la capacité administrative du pays. En outre, la participation des femmes au processus de développement, la promotion des valeurs démocratiques et le développement de la société civile y figuraient à titre d’objectifs complémentaires distincts.

Une évaluation conjointe de la coopération au développement entre le Burkina Faso et le Danemark, réalisée en 2001, a conclu qu’il existait de façon gé-nérale des liens de cohérence satisfaisants entre la politique de développement du Burkina Faso et l’aide danoise et que la coopération entre le Burkina Faso et le Danemark a contribué à la réduction de la pauvreté. De plus, elle a établi que les secteurs d’intervention sélectionnés étaient autant de priorités pertinentes pour la lutte contre la pauvreté et le développement économique et qu’une grande partie des activités s’adressaient à la population rurale, au sein de laquelle la pauvreté est particulièrement répandue. L’évaluation a également souligné diverses faiblesses de l’intervention danoise, telles que l’impossibilité dans certains cas pour les bénéficiaires d’utiliser l’aide octroyée du fait qu’ils ne disposaient pas des moyens requis ou devaient appliquer une technologie trop sophistiquée, ainsi que l’intégration insuffisante des considérations transversales (femmes, environnement, droits de l’Homme et démocratie) dans les programmes sectoriels. En vue d’améliorer le programme dans son ensemble, l’éva-luation a recommandé que le Danemark continue de soutenir les travaux du gouvernement burkinabè liés à la révision des politiques et stratégies nationales dans chacun des secteurs ; que le Danemark œuvre à définir plus clairement les objectifs et résultats visés, notamment en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté ; et que la capacité administrative à exploiter l’aide octroyée soit analysée et soutenue, notamment au niveau provincial. Les recommandations de l’éva-luation ont été prises en compte lors de l’élaboration de cette stratégie.




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