Ministère Royal des Affaires Etrangères du Danemark

2 Croissance et emploi en Afrique : Défis et opportunités

La jeunesse africaine constitue une énorme réserve de talent et d’énergie qui n’est pas exploitée comme elle le devrait. Si on lui en donne l’opportunité, la jeunesse africaine peut constituer un important moteur de changement. Elle a le potentiel de libérer le continent de la pauvreté.

Ulla Tørnæs,
Membre de la Commission de l’Afrique


L’Afrique est un continent pluriel composé de plus de cinquante pays, qui présentent des variations considérables en termes d’histoire, de position géographique, de matières premières, de niveau de développement économique et de perspectives de croissance à court terme. Le travail de la Commission se concentre sur l’Afrique subsaharienne. La Commission de l’Afrique reconnaît que les problèmes qui affectent le continent s’expriment différemment d’un pays à l’autre. Il existe cependant des tendances similaires qui doivent être résolues pour que l’Afrique puisse augmenter et soutenir une croissance économique générant des emplois et réduisant la pauvreté. Une croissance qui génère de l’emploi constitue la meilleure arme contre la pauvreté. Pour aider l’Afrique sur la voie d’un développement durable et de la réalisation des OMD, il est nécessaire d’accorder davantage d’attention aux principaux défis et opportunités auxquels elle est confrontée.

La croissance récente de nombreux pays africains n’a pas été suffisante pour réduire efficacement la pauvreté. La croissance de la plupart des pays africains a été la conséquence d’une forte demande et d’une hausse des prix des matières premières plutôt que d’une agriculture ou d’une industrie à forte intensité de main d’œuvre ou de la création de valeur ajoutée pour les matières premières et les produits agricoles. Cette croissance n’a pas réduit la pauvreté ni créé suffisamment d’emplois productifs et décents pour une population africaine en pleine expansion. Dans d’autres régions, la réduction de la pauvreté a souvent été la conséquence de réformes agricoles, d’une hausse de la productivité et d’une industrialisation à forte intensité de main d’œuvre qui ont débouché sur la création de millions d’emplois. Cette transformation structurelle n’a pas encore eu lieu en Afrique. De fait, la part de la fabrication sur la production totale a diminué entre 1990 et 2005.

L’accroissement de la population africaine pourrait constituer une opportunité de croissance et de réduction de la pauvreté. Malgré l’épidémie de VIH/SIDA, la population africaine augmente à un rythme de 2,5 % par an, soit deux fois plus que l’Amérique latine et l’Asie. La réduction prévue des niveaux de fertilité devrait faire progressivement pencher la balance du côté des personnes en âge de travailler par rapport aux personnes dépendantes, à savoir les enfants et les personnes âgées. Cela permettra à l’Afrique de disposer d’une population active jeune et de plus en plus nombreuse et, par conséquent, d’un avantage comparatif par rapport à d’autres régions.

L’énergie et le talent des jeunes africains pourraient être le moteur d’un changement positif à condition d’être intelligemment canalisés. Les pays africains sont confrontés au défi de transformer le potentiel de la jeunesse en croissance et en développement. Aujourd’hui, les jeunes africains ont beaucoup moins d’opportunités que les adultes d’influer sur les décisions politiques et d’accéder à des ressources telles que la terre ou le financement. Dans la plupart des cas, ce sont les femmes jeunes qui ont le moins d’opportunités. Les conditions de vie difficiles, le manque de services de base et d’emplois décents et les grandes différences de revenus pourraient déboucher sur une déstabilisation sociale, en particulier dans les zones urbaines où la grande majorité des africains vivront dans un avenir proche.

Il est nécessaire de développer un enseignement adapté à la demande, notamment au niveau postprimaire, et de créer des emplois plus productifs et plus décents pour une jeunesse de plus en plus nombreuse. Le travail décent permet de croire en un avenir meilleur et aide les États fragiles à construire un climat de paix et de stabilité. Une bonne santé est une condition nécessaire à la productivité de la main d’œuvre. La capacité à apprendre et à être productif et la réduction des taux d’absentéisme à l’école comme au travail sont directement liées à l’accès aux services de santé et à une bonne nutrition.

Population jeune, en millions

Source : Nations Unies (2005)

Il est prévu que la population jeune d’Afrique subsaharienne présente une croissance largement supérieure aux autres régions du monde au cours des 40 années à venir.


Si on leur donne la parole, les jeunes africains peuvent avoir une influence positive sur les politiques et stratégies qui les concernent. La Conférence de la jeunesse de la Commission de l’Afrique souligne le fait que les jeunes sont largement exclus des débats autour du développement en Afrique. La mise à profit de la créativité et des connaissances des jeunes générations pourrait s’avérer essentielle pour le développement économique du continent. La Conférence propose d’habiliter les forums de la jeunesse et d’établir une plateforme de développement au service des jeunes africains.

Le développement du secteur privé est essentiel pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes. Dans les pays en voie de développement, neuf emplois sur dix relèvent du secteur privé et les entreprises privées constituent la première source d’emploi et de revenus à long terme. La croissance des petites et moyennes entreprises (PME) offre notamment d’importantes opportunités de création d’emploi et de réduction de la pauvreté. Les entreprises visant à la croissance réalisent des investissements pour améliorer leur productivité et embaucher du personnel. En Afrique, plusieurs barrières, qui varient d’un pays à l’autre, font cependant obstacle à l’expansion et à la prospérité des entreprises.

Travail décent

L’Afrique a un besoin urgent de plus d’emplois et de meilleurs emplois. Les emplois mal payés, les longues journées, les mauvaises conditions de travail et l’absence de droits ne favorisent pas le type de développement dont l’Afrique a besoin. Les stratégies et politiques de création d’emploi doivent donc poursuivre, dès leur création, la réalisation de l’objectif de Travail décent. Le Travail décent, tel qu’il est défini par l’Organisation internationale du travail (OIT) et soutenu par l’Union africaine, se caractérise par l’emploi productif, les droits fondamentaux au travail, la protection sociale et le dialogue social. Les mesures qui améliorent la croissance à court terme mais vont à l’encontre de l’objectif de Travail décent ne sont pas acceptables.

Source : Syndicats africains en coopération avec la Confédération syndicale danoise


Tandis que l’Europe et l’Asie du Sud ont connu une amélioration notable de leur productivité agricole, le rendement par hectare des céréales africaines a à peine augmenté au cours des 50 dernières années.

Rendement des céréales, en tonnes par hectare

Source : FAOSTAT

Les petites entreprises sont les premières victimes d’un environnement commercial médiocre. Ce sont elles qui rencontrent le plus d’obstacles en matière d’accès aux marchés, à l’énergie, au transport et, par-dessus tout, au financement d’investissement. La grande majorité des africains travaillent dans de petites entreprises relevant de l’économie formelle ou informelle, y compris dans le secteur agricole. Il est donc essentiel de réaliser le potentiel des entrepreneurs et futurs entrepreneurs africains en matière d’augmentation des revenus et de création d’emploi, en particulier chez les jeunes. Les entrepreneurs établis réussissent souvent malgré les innombrables obstacles auxquels ils sont confrontés. Mais ces obstacles sont souvent trop importants pour les jeunes qui souhaitent créer leur entreprise. Leurs idées et leur énergie se transforment trop rarement en actions, bénéfices et emplois.

Les femmes pourraient offrir un important potentiel à l’Afrique si on leur en donnait l’occasion.

Au Burkina Faso, au Kenya, en Tanzanie et en Zambie, un accès équitable à la terre, au travail et au capital permettrait une augmentation de la production comprise entre 10 et 20 %.

Source : La Banque Mondiale, les Nations Unies et le FAO : The Gender in Agriculture Sourcebook


La productivité agricole n’a que très peu augmenté. Cela a entraîné une paupérisation de nombreux africains, dont la survie dépend majoritairement de l’agriculture. Cette situation est principalement due à l’échec des politiques, notamment (i) au manque de capacités gouvernementales suffisantes pour garantir que l’aide au développement débouche sur des interventions efficaces et fondées sur des preuves dans les secteurs productifs, (ii) au manque de promotion d’une approche axée sur la chaîne de valeur, (iii) à l’inadéquation de la recherche, de la formation et des services liés à l’agriculture et (iv), au manque d’investissements, notamment en ressources humaines. La discrimination envers les femmes dans le secteur agricole, en terme d’accès à la terre, aux aides, aux crédits et aux marchés, a également constitué un frein. Il est reconnu que l’amélioration de la productivité agricole est extrêmement efficace pour accroître le niveau de vie, augmenter la sécurité alimentaire et stimuler la croissance.

L’inégalité entre les hommes et les femmes constitue un obstacle structurel à la croissance africaine. Les femmes représentent une source importante de croissance économique et nous devons étudier les moyens de promouvoir leur participation active à l’économie et à la société dans son ensemble.

Luísa Dias Diogo,
Membre de la Commission de l’Afrique


La promotion de l’égalité des sexes permettra d’augmenter la croissance et de réduire la pauvreté. La réalisation du troisième Objectif du Millénaire pour le développement (l’égalité des sexes) est bien plus qu’un simple objectif : il s’agit également d’une arme efficace contre la pauvreté. L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ont un effet de levier sur d’autres initiatives en matière de développement. Les femmes investissent davantage que les hommes dans l’éducation et la santé des enfants. Leur salaire est cependant souvent inférieur à celui des hommes. Le fait que la moitié de la population mondiale ne bénéficie pas d’un accès égal à des ressources telles que la propriété, le financement, l’éducation, le marché du travail et les services commerciaux est contre-productif. En Afrique subsaharienne, la productivité agricole pourrait augmenter de jusqu’à 20 % si les femmes disposaient du même accès que les hommes à des ressources telles que la terre, les graines et les fertilisants. Il est essentiel de promouvoir l’esprit d’entreprise féminin pour développer la croissance économique.

L’Afrique subsaharienne présente le taux de scolarisation primaire, secondaire et supérieure le plus faible du monde.


Taux de scolarisation

Source : Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous, UNESCO (2008)

L’enseignement postprimaire et le renforcement des compétences doivent refléter la demande du secteur privé. La scolarisation primaire s’est considérablement améliorée en Afrique au cours de ces dix dernières années mais un important déficit éducatif subsiste. Les taux de scolarisation de l’enseignement secondaire et supérieur en Afrique sont largement inférieurs à ceux du reste du monde. Les entreprises manquent cruellement de main d’œuvre qualifiée. Il est nécessaire de mieux adapter l’enseignement secondaire aux besoins du secteur privé, auquel les finissants se dirigeront lorsqu’ils chercheront un emploi, et d’améliorer l’enseignement technique et professionnel.

Une collaboration plus étroite entre l’éducation supérieure, la recherche et le secteur privé exige un développement des capacités existantes et la création de nouvelles capacités au sein des universités. Le soutien au développement de ces capacités doit donc constituer une priorité.

Lauritz Holm-Nielsen,
Membre de la Commission de l’Afrique


L’accès aux marchés et aux échanges commerciaux est essentiel pour la croissance et la création d’emploi. Bien que les exportations africaines aient augmenté au cours de ces dernières années, la croissance globale des exportations reste insuffisante. La part de l’Afrique dans les échanges mondiaux est passée de 6 % en 1980 à environ 3 % en 2007. La plupart des pays africains présentent un marché intérieur de dimensions réduites. L’accroissement des échanges régionaux et internationaux est un important facteur de croissance. Les investissements publics visant à réduire les barrières physiques, matérielles ou économiques qui isolent les pays d’Afrique des marchés extérieurs permettront de stimuler les investissements privés et l’emploi. L’assouplissement de l’accord sur les règles d’origine, l’élimination progressive des subventions faussant les échanges et la réduction des tarifs douaniers sur les produits africains permettraient également de stimuler la croissance de la production et de l’emploi. La croissance alimentée par les exportations ne dépend cependant pas uniquement des politiques commerciales. D’autres mesures sont également indispensables : réduction des coûts du transport, de l’énergie et des taxes douanières liés aux échanges commerciaux, compétences appropriées, esprit d’entreprise et innovation, accès au financement, amélioration du cadre réglementaire du secteur privé et augmentation de l’Aide pour le commerce.

Mesure de la qualité de la gouvernance en Afrique

L’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique a été créé pour répondre à la nécessité de disposer d’une méthode de mesure quantifiable de la qualité de la gouvernance en Afrique subsaharienne. Il prend la forme d’un classement complet des nations d’Afrique subsaharienne selon la qualité de leur gouvernance. Il permet d’évaluer la gouvernance nationale sur la base de cinquante-sept critères représentatifs de la qualité des services fournis aux citoyens par leur gouvernement. Cet indice :

Les informations sont collectées pendant plusieurs années afin de pouvoir mesurer l’évolution de la qualité de la gouvernance. Le premier Indice Ibrahim, publié en septembre 2007, regroupe les données des années 2000, 2002 et 2005.


Au Nigeria, 40 % de l’électricité est produite par le secteur privé à un coût trois fois supérieur à celui du réseau électrique. De nombreux pays subissent des coupures d’électricité plus de 100 jours par an.

Source : Ramachandran et. al. 2008, Africa’s Private Sector.


Des infrastructures plus nombreuses et mieux gérées sont nécessaires. L’Afrique a accumulé un important retard en terme d’investissement en infrastructures. La mauvaise régulation des marchés et des subventions (qui profitent souvent aux plus riches) nuit aux investissements en infrastructures et se traduit par un entretien insatisfaisant et des coûts élevés pour les entreprises comme pour les ménages. Selon les estimations, le retard en matière d’infrastructures réduit la croissance annuelle par habitant de 2 %. Des progrès notables ont été faits dans le domaine de la technologie cellulaire et la connexion à Internet s’est quelque peu améliorée mais cela reste nettement insuffisant. La faiblesse des infrastructures et le coût élevé des transports dû à un manque de concurrence (transport aérien, routier et ferroutage) nuisent encore davantage à la compétitivité en rendant le transport des produits trop coûteux, en particulier pour le secteur agricole. Ces problèmes se répercutent sur les femmes de manière disproportionnée.

Le manque d’accès à l’énergie inhibe la croissance. La production et la distribution énergétiques présentent d’importantes lacunes. L’énergie n’est nulle part plus chère et moins fiable qu’en Afrique. C’est la compétitivité des PME qui s’en ressent le plus car elles ne disposent pas de l’électricité nécessaire pour garantir l’efficacité de leur production et de leurs communications. Le manque d’électricité freine également la progression des services sanitaires et éducatifs.

Les progrès en matière de gouvernance politique et économique doivent être soutenus pour générer de la croissance et de l’emploi.  Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, qui relève du NEPAD/UA, a permis de stimuler une plus grande responsabilisation des pays africains en matière de réformes liées à la gouvernance. La situation pourrait encore s’améliorer si davantage de pays africains souscrivaient à ce Mécanisme. Le rapport 2008 de la Commission sur la croissance et le développement, qui relève de la Banque mondiale et réunit des représentants des gouvernements, des entreprises et des responsables politiques afin de promouvoir la compréhension des politiques et stratégies permettant d’accélérer et de maintenir la croissance économique et la réduction de la pauvreté, a mis l’accent sur la nécessité de changer les mentalités pour éviter que les jeunes générations n’héritent des mauvaises pratiques.

La promotion du dialogue entre le gouvernement, les entreprises, les syndicats de travailleurs et la société civile des pays africains peut constituer une stratégie efficace pour identifier les opportunités et les obstacles à la croissance et à la création d’emplois. L’amélioration des partenariats à tous les niveaux entre les secteurs public et privé pourrait aider les pays africains à profiter des opportunités qui exigent la coordination des actions publiques et privées.

Les réformes sont particulièrement urgentes si l’on considère que les nations vont se livrer à une concurrence acharnée pour les investissements dès la reprise de la croissance mondiale. Sans un secteur public efficace, une aide supplémentaire au secteur privé ne permettra pas d’obtenir les résultats souhaités. La responsabilité des gouvernements et la compétitivité des marchés se renforcent mutuellement.

Des cadres juridiques et institutionnels solides et des systèmes de gestion des finances publiques efficaces permettront d’accroître la transparence et de réduire la corruption. La stabilité et les avancées politiques en matière de droits de l’homme et d’établissement d’un État de droit sont également indispensables. Les dirigeants africains, en consultation avec les représentants appropriés de la société civile et du secteur privé, doivent renforcer l’État de droit et garantir le droit de propriété.

Les grandes réformes ont souvent un prix politique élevé parce qu’elles exigent de l’État qu’il cède de sa puissance au marché et au secteur privé et parce qu’elles mettent en péril le statut protégé des monopoles liés au monde politique.

Extrait du document Kivu Consensus, An Agenda for a Competitive Africa


Les pays africains doivent continuer à améliorer leur gestion macroéconomique. Les recettes fiscales ont augmenté, l’inflation a diminué et certains pays africains ont pu collecter des fonds pour les investissements en infrastructures sur les marchés internationaux des capitaux. Avant la crise financière, cette situation a débouché sur une augmentation des investissements étrangers directs, qui se sont cependant principalement concentrés sur les industries extractives avec des effets limités sur l’emploi. Pour attirer des investissements visant à la diversification et à l’accélération de la création d’emploi, l’Afrique doit poursuivre ses réformes afin d’améliorer sa stabilité macroéconomique, d’établir des taux de change compétitifs et de promouvoir un environnement politique stable.

Les flux de capitaux privés étrangers restent largement inférieurs à l’aide officielle au développement destinée à l’Afrique. Pour favoriser l’accès du secteur privé au financement, les réformes du secteur financier doivent être approfondies. L’intermédiation financière reste très faible, en particulier en Afrique subsaharienne (hormis en Afrique du Sud). Entre le début des années 1980 et la fin de l’année 2004, l’apport du secteur privé au PIB a connu une stagnation aux alentours de 15 %. Dans les pays les plus performants d’Afrique, ce rapport était plus de deux fois supérieur.

Une chaîne de valeur se compose de toutes les activités et de tous les acteurs liés aux produits, de leur conception jusqu’à leur utilisation finale. Dans le cas de l’agriculture, les chaînes de valeur se composent des fournisseurs d’intrants, producteurs de toutes tailles (y compris les petits propriétaires), transformateurs, négociants, grossistes, exportateurs et détaillants des divers marchés finaux. Ils sont réunis sous le terme générique de « chaînes de valeur » car de la valeur est ajoutée au service ou au produit à chacune des étapes du processus.


Les économies africaines doivent apporter davantage de valeur ajoutée à leurs exportations afin de profiter des opportunités de la mondialisation. La crise économique actuelle montre que les économies dépendant de l’exportation de matières premières souffrent d’une plus grande instabilité que les pays présentant une économie plus diversifiée. Cette crise met en exergue la nécessité pour l’Afrique d’améliorer sa compétitivité dans un éventail d’activités et de secteurs économiques plus large. Elle peut également offrir de nouvelles opportunités : les anciennes industries qui ferment dans les pays développés pourraient être reconstruites sous une forme modernisée dans les pays africains, s’ils sont capables d’offrir un environnement favorable. La croissance pourrait être atteinte en apportant de la valeur ajoutée aux ressources africaines (par le biais de la transformation, par exemple) plutôt qu’en exportant les matières premières à l’état brut. L’Afrique doit trouver le moyen de canaliser ses ressources, notamment sa main d’œuvre jeune, son esprit d’entreprise et ses matières premières, de manière à développer des capacités de production spécifiques et compétitives sur les marchés internationaux.

Il se peut cependant que le fait de réduire les obstacles à la compétitivité ne suffise pas à développer l’avantage concurrentiel nécessaire pour pénétrer les marchés internationaux. Toutes les preuves indiquent que la concentration des investissements (y compris des investissements publics dans les infrastructures et le capital humain) dans un secteur particulier est souvent nécessaire pour développer un avantage concurrentiel. S’ils sont correctement gérés, les partenariats public-privé dans des secteurs choisis, notamment dans l’agriculture, peuvent procurer cet avantage et compléter les réformes horizontales visant à améliorer le climat des affaires pour toutes les entreprises.

La transformation représente un vaste potentiel économique pour l’Afrique. En transformant les 650 milliards de tonnes de noix de cajou brutes exportées en 2007, le continent obtiendrait :

1.000 nouvelles entreprises

250.000 nouveaux emplois

150 millions de dollars de valeur ajoutée

Source : http://www.africancashewalliance.org. L’Alliance africaine de la noix de cajou est un partenariat public-privé qui soutient l’augmentation des revenus des agriculteurs, la hausse des exportations et la croissance économique de l’industrie de la noix de cajou en Afrique.

Les arguments en faveur des chaînes de valeur biologiques

L’agriculture biologique moderne dispose du potentiel nécessaire pour améliorer la production agricole, accroître la sécurité alimentaire et les revenus des ménages et créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Ses principes reposent sur l’amélioration de la fertilité du sol par l’incorporation de cosses et de compost, le renforcement des fonctions d’aide à l’écologie et l’utilisation de la régulation naturelle et de la diversité des cultures pour prévenir l’apparition d’organismes nuisibles et de maladies. L’examen des 114 projets de formation à l’agriculture écologique dirigés à environ 1,9 millions d’agriculteurs dans vingt-quatre pays africains a permis de constater que le rendement moyen était plus de deux fois supérieur. La demande de produits biologiques à haute valeur commerciale a considérablement augmenté en Europe et en Amérique du Nord, ce qui offre à l’Afrique une opportunité de moderniser son secteur agricole et de créer de la croissance par le biais des entreprises de transformation locales.

L’Ouganda, l’un des premiers pays africains pour le secteur biologique, dispose de 300 000 hectares de terre certifiée biologique et de plus de 200 000 producteurs. Le secteur du coton biologique en Ouganda du Nord emploie aujourd’hui plus de 10 000 agriculteurs. La coordination entre les parties prenantes et l’assistance ciblée des partenaires du développement constituent les principaux facteurs de la croissance du secteur biologique.

Source : International Centre for Research in Organic Food Systems (ICROFS) and Willer and Kilcher (eds.) The World of Organic Agriculture: Statistics and Emerging Trends


Nous devons nous concentrer davantage sur l’apport de valeur ajoutée aux produits agricoles africains.

Klaus Bustrup,
Membre de la Commission de l’Afrique


L’approche de la chaîne de valeur appliquée au développement du secteur privé offre d’importantes opportunités pour de nombreux pays africains. L’application d’une approche basée sur la chaîne de valeur exige une bonne compréhension de l’ensemble des systèmes du marché, des fournisseurs d’intrants aux acheteurs finaux. L’approche basée sur la chaîne de valeur réunit les parties prenantes du secteur privé, telles que les producteurs, les transformateurs, le secteur financier et les transporteurs, et les institutions du secteur public, telles que les gouvernements locaux, les organismes de réglementation, les instituts de recherche et les établissements scolaires. Ce partenariat leur permet d’identifier et d’analyser les principaux obstacles au développement dans la chaîne de valeur. Ces obstacles peuvent être liés, par exemple, au manque d’accès à la technologie, aux compétences, au financement ou aux marchés des exportations.

Une analyse d’ensemble est essentielle car il peut exister d’importants obstacles à la compétitivité dans n’importe quel secteur du système de marché. L’identification des obstacles constitue la base du programme d’action et du budget devant être mis en œuvre et financés par les parties prenantes. Le secteur public pourrait fournir les biens collectifs (financement des infrastructures ou co-financement des formations qualifiantes) et un cadre réglementaire amélioré, nécessaire pour stimuler les investissements privés.

Le changement climatique affecte tous les aspects du développement en Afrique. Bien qu’elle n’ait que très peu contribué au changement climatique, l’Afrique en sera la première victime. Le manque d’eau et l’augmentation de l’intensité et de l’irrégularité de la pluviosité aggravent les conditions de vie et augmentent les coûts des infrastructures de base telles que les routes et les services sanitaires. Le changement climatique nuira à la productivité de l’agriculture traditionnelle, dont la majorité des Africains (en particulier les femmes) dépendent pour vivre. Le coût des échanges commerciaux va également augmenter, ce qui limitera encore davantage les possibilités de croissance. En s’adaptant au changement climatique, l’Afrique pourrait cependant bénéficier de l’introduction d’une technologie plus propre, notamment d’une énergie durable, qui pourrait lancer le continent sur la voie du développement vert et de la réduction de l’empreinte carbone.

La compétitivité de l’Afrique doit être améliorée. Les différents défis et opportunités présentés dans ce chapitre ont un point commun : ils sont tous liés à la compétitivité de l’Afrique. Les divers cadres et indices permettant une analyse comparative de la compétitivité montrent que l’Afrique est le continent présentant les performances les plus faibles. Pour améliorer cette situation, l’Afrique doit résoudre les problèmes précédemment mentionnés. Cela exigera des réformes difficiles et une solide autorité, mais ces mesures sont nécessaires pour que l’Afrique puisse tirer profit des possibilités offertes par la mondialisation.

Le réchauffement climatique aura un impact sévère sur les conditions de vie de millions de personnes parmi les plus pauvres du monde. Les groupes les plus marginalisés et les plus vulnérables, qui présentent la capacité d’adaptation la plus faible, seront les plus touchés.

Christian Friis Bach,
Membre de la Commission de l’Afrique


Dessus
La publication se trouve à l’adresse http://www.netpublikationer.dk/um/10515/index.htm